2. L'art de négocier
Le succès du film tient bien évidemment à l'interprétation des comédiens et à la nature des dialogues écrits par Michel Audiard. Mais aussi au fait que l'intrigue policière est traitée avec un réel sérieux. L'affrontement entre les Volfoni et le nouveau caïd Fernand Naudin est particulièrement meurtrier. Lino Ventura accomplit la mission que lui a confiée son ancien compagnon sur son lit de mort avec une rigueur imperturbable et il assume sa fonction de tuteur avec une autorité toute virile. Les acolytes des uns et des autres sont campés avec efficacité : le maître d'hôtel ancien truand et anglophone est plus vrai que nature tant il est improbable, les deux « gâchettes » d'origine italienne et allemande (respectivement Venantino Venantini et Horst Frank) sont inquiétants de professionnalisme, l'un plus sadique que l'autre, toutefois. Unifié par son langage – à la fois direct et métaphorique – et ses « valeurs », le monde des truands se révèle cohérent, logique, évident. Vu de l'extérieur et par intermittence (la surprise-partie), notre monde habituel nous apparaît du coup décalé, moins certain.
Le film oppose en fait non seulement deux univers, celui des « hommes » et celui des « caves », mais aussi deux générations, avec des quinquagénaires expérimentés, déjà nostalgiques, et les jeunes gens de la Nouvelle Vague, bourgeois aussi snobs que superficiels et puérils. En caricaturant ainsi les personnages qu'incarnent Sabine Sinjen et le spirituel Claude Rich, Michel Audiard règle des comptes avec Truffaut, Godard et Chabrol, avant que ce dernier ne fasse les poches du dialoguiste avec sa série parodique des Tigres (Le Tigre aime la chair fraîche, 1964, Le Tigre se parfume à la dynamite, 1966, dans lesquels Roger Hanin joue les rôles de Lino Ventura).
Michel Audiard est particulièrement en verve tout au long du film. Il faut dire que ses formules à l'emporte-pièce et autres mots d'auteur sont magistralement mis en valeur par une équipe de comédiens au mieux de leur forme : outre […]
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