La manière dont la pratique et la réflexion chrétiennes ont compris et comprennent les textes bibliques est un problème à la fois historique et théorique. Jusqu'à l'apparition de l'épistémologie contemporaine, qui marque une cassure par rapport à la problématique traditionnelle du (ou des) sens, et depuis l'âge patristique, pour ne pas dire depuis les origines synagogales de certains textes du Nouveau Testament et même de l'Ancien, l'histoire de l'interprétation biblique a subi un développement constant, parfois ralenti, parfois accéléré ou modifié, suivant les ruptures (par exemple, la séparation entre christianisme et judaïsme à partir du ier s., ou la Réforme au xvie s.) qui ont marqué durant deux millénaires la religion judéo-chrétienne ou biblique.
À l'époque patristique, théologie et prédication se sont développées sous forme d'exégèse : elles avaient pour point de départ l'« Écriture sainte », lue dans la tradition de l'Église. La doctrine des sens de l'Écriture fournit à l'exégèse chrétienne une instance et des formules régulatrices ; elles devaient se fixer durant le haut Moyen Âge dans une classification des disciplines sac […]
