2. Demain, les clones ?
Le problème ici ne concerne pas tant la description d'un possible « meilleur des mondes » que la distance que Michel Houellebecq semblait éviter de mettre entre ses idées et son roman. Car s'il est une caractéristique propre à celui-ci, c'est le malaise dans lequel il entretient le lecteur. Un sentiment qui trouve essentiellement son origine dans la narration. Les Particules élémentaires se déroule de manière aussi implacable qu'un programme informatique. Ce n'est pas là une métaphore, et on a bien souvent l'impression que ce roman, une fois défini dans ses exigences, progresse logiquement vers sa fin, sans la moindre perturbation. Si tout individu se considère comme une particule, Houellebecq construit son roman à la manière d'un véritable accélérateur. Plus balzacien que zolien, il s'est souvenu de la préface de la Comédie humaine, Einstein, Niels Bohr et la physique quantique se substituant ici à Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire.
Mais Michel Houellebecq prend les choses à l'envers. Le statut de la physique moderne, dans ses manifestations les plus spectaculaires, ne vient en aucune façon affecter son mode de narration. Jusqu'ici, la physique quantique était souvent utilisée dans la fiction de façon instrumentale, voire structurelle. Qu'il s'agisse des paradoxes de l'espace-temps ou du principe d'incertitude, des romanciers tels que Musil, Joyce ou Arno Schmidt en avaient donné des équivalents narratifs qui, déconstruisant le récit, en métaphorisaient l'effet. Houellebecq, bien au contraire, met en œuvre une composition que l'on pourrait qualifier de « génétiquement » classique. Ce choix narratif, apparemment traditionnel, souligne bien davantage la réalité de la juxtaposition de deux mondes longuement explicitée par l'auteur : l'un, euclidien, dans lequel nous vivons et celui, quantique, qui organise plus secrètement les comportements. Avec cette conséquence que le contenu n'est jamais racheté par la forme. L'écriture oscille entre deux pôles : le clinique et […]
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