Les Parapluies de Cherbourg est un film exceptionnel et atypique pour de multiples raisons. C'est le troisième long-métrage d'un jeune réalisateur français, Jacques Demy (1931-1990), qui a fait ses classes en 1960, dans les premières années de la Nouvelle Vague, avec deux films au budget très modeste, Lola (1961) et La Baie des anges (1963). Nettement plus cher, ce film tourné en couleurs, avec de nombreux décors peints, est entièrement chanté de la première à la dernière minute. Il s'agit d'un mélodrame musical et non d'une comédie, ce qui le différencie des musicals américains issus de spectacles de Broadway. Certes, le film n'est pas sans précédent, tel le célèbre West Side Story, de Robert Wise (1961), ou, pour rester dans le domaine du mélodrame français, l'opéra de Gustave Charpentier Louise filmé par Abel Gance en 1939. Mais il s'agit ici d'une création et non d'une adaptation, ce qui constitue un pari audacieux de la part de la productrice Mag Bodard. Le film obtient la palme d'or au festival de Cannes en 1964, le prix Louis-Delluc et connaît un immense succès international. Les thèmes musicaux, écrits par Michel Legrand, vont être repris par Frank Sinatra et même devenir des standards de jazz.
1. Une histoire mièvre d'amour contrarié
Cherbourg, novembre 1957. Guy, un garagiste, qui vit chez sa tante Élise, aime Geneviève, la très jeune fille d'une veuve, Madame Emery, marchande de parapluies. Cette dernière ne voit pas d'un très bon œil une telle idylle, car pressée par les dettes, elle espère un meilleur parti pour sa fille. Alors qu'elle s'apprête à vendre un bijou de famille, Madame Emery fait la connaissance d'un riche diamantaire, Roland Cassard, qu'elle se prend à imaginer comme son gendre. Mais Geneviève et Guy s'aiment et la jeune femme se retrouve enceinte, alors que Guy doit partir faire son service militaire en Algérie.
Janvier 1958. Sans nouvelles de Guy, Geneviève finit par céder aux pressions de sa mère et accepte d'épouser Roland Cassard, qui reconnaît l'enfant. […]
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