3. « Les Mille et Une Nuits », œuvre universelle
C'est un Français, Antoine Galland (1646-1715), qui révèle Les Nuits à l'Occident où leur succès ne devait plus se démentir. Partout, les traductions sont entreprises, complètes ou partielles : françaises de Galland (1704-1717), Mardrus (1899-1904), Khawam (1987), Bencheikh et Miquel (1991) ; anglaises de Lane (1841), Burton (1885), Payne (1889), Haddawy (1990) ; allemandes de Henning (1899), Littmann (1928) ; danoises de Rasmussen (1824), Oestrup (1928) ; espagnole de Cansinos Assens (1960) ; italienne de Gabrieli (1958) ; russe de Salier (1936)... Belle infidèle ou savante, chacune reflète une époque et interprète un mirage de siècle en siècle poursuivi. La littérature, l'opéra, la chorégraphie, le cinéma, les arts plastiques s'en inspirent. Elle est au cœur du Temps perdu de Proust, et les surréalistes la déposent sur les rayons de leur bibliothèque idéale. « Le caractère des Mille et Une Nuits, écrit Goethe, est de n'avoir aucun but moral et, par suite, de ne pas ramener l'homme sur lui-même, mais de le transporter par-delà le cercle du moi dans le domaine de la liberté absolue. » C'est une façon d'être au monde qui ne cesse d'attirer l'imagination, non sans danger d'ailleurs pour une culture arabe soumise à de grossières simplifications, qui ne sont pas toujours innocentes. Mais la poésie de l'œuvre surgit toujours à temps pour préserver la qualité de notre émerveillement et donner un sens à notre adhésion. Jorge Luis Borges l'exprime fort bien. Les Mille et Une Nuits font maintenant l'objet d'analyses qui mettent à jour leurs structures profondes et font livrer à ce texte d'une prodigieuse fécondité ses véritables richesses.
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