2. Une analyse des passions humaines
Par la bouche du philosophe Pythagore, Ovide nous indique, au livre XV des Métamorphoses, la finalité de l'œuvre entreprise. Pythagore y évoque l'interdit pesant, dans le groupe de ses fidèles, sur la consommation de viande. Puis il développe un discours sur le devenir du monde et enfin la métempsychose, ou transmigration des âmes de corps en corps : « Pour les âmes, elles ne sont pas sujettes à la mort ; quand elles ont quitté une première demeure, elles vont toujours vivre dans de nouveaux domiciles et elles continuent à les habiter une fois qu'elles y sont entrées. » Le passage d'un corps humain à une enveloppe animale, végétale ou minérale justifierait à lui seul le parcours entrepris au long des Métamorphoses. Mais Ovide ne vise pas à se faire le porte-parole de Pythagore ; son propos poétique se veut plus vaste. De même que L'Art d'aimer enseigne à plaire, Les Métamorphoses s'efforcent de distinguer, sous les apparences multiples, le visage de l'amour et la permanence de ce qui est propre à l'exaltation des passions humaines. C'est donc une épopée véritable, regorgeant de mythes grecs, de fables romaines, et d'un fonds populaire de légendes orales, le tout organisé par un travail poétique qui fait appel à la tradition tragique, élégiaque ou épique. Compte tenu de la richesse de la palette ovidienne, de son goût pour le merveilleux, on a pu évoquer dans son œuvre un certain baroquisme, un foisonnement qui pourrait justifier le reproche d'une composition trop chargée. Ovide pallie lui-même cet inconvénient, par le choix d'une unité de forme ou de tonalité fortement marquée, en ordonnant ses fables par groupes homogènes.
La pérennité de l'œuvre d'Ovide a été assurée notamment par le Moyen Âge, particulièrement au cours des xiie et xiiie siècles, lorsque la légende fit de l'auteur un saint magicien. L'ampleur de son exposé de la mythologie classique inspire ensuite écrivains et poètes de la Renaissance, avant que Picasso n'illustre certains épisodes des Métamorphoses, et que la psychanalyse ne s'empare de ses héros pour donner leur nom à des complexes ou à des catégories de comportements. Notre pensée quotidienne reste ainsi tributaire des vers chantés par Ovide, dans une proximité souvent inconsciente.
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