2. De la célébrité à l'oubli
C'est vers la fin des années 1630 sans doute, et peut-être devant la concurrence de plus en plus vive dans Paris pour les grandes commandes religieuses et décoratives, que l'atelier commence à multiplier, à l'intention des amateurs raffinés, deux types nouveaux de tableaux : les portraits collectifs, traités en scènes de genre, sans doute inspirés par la peinture hollandaise, et dont les chefs-d'œuvre seront Le Corps de garde Berckheim (1643, Louvre), la Réunion d'amateurs (Louvre) et les Joueurs de trictrac (Louvre) et, d'autre part, les tableaux à sujets paysans, qui viennent offrir au public parisien une version française des « bambochades » nordiques et italiennes, alors fort en vogue. Partis, semble-t-il, des motifs les plus courants (Les Joueurs de cartes, Aix-en-Provence, musée Granet), ils trouvent là leur expression la plus personnelle : grâce à la sincérité de la vision et à la dignité du sentiment (La Charrette, 1641, Louvre ; Paysans devant leur maison, San Francisco, Palais de la Légion d'honneur), grâce aux ressources renouvelées d'un métier subtilement audacieux (La Forge, Louvre), ils créent un nouveau type de réalisme, aussi étranger au pathétique italien qu'au burlesque nordique. Copies et imitations attestent une faveur immédiate. Dès la première séance (1er févr. 1648), les trois frères sont admis à l'Académie royale des peintres et sculpteurs fondée par Le Brun et ses amis. Mais Louis, puis Antoine meurent brusquement, à Paris, quelques mois plus tard (c'est les 24 et 26 mai 1648 qu'eurent lieu les enterrements).
Demeuré seul, Mathieu continuera à peindre – portraits et tableaux religieux surtout (Martyre de saint Crépin et de saint Crépinien, 1654 ; perdu) – sans doute jusqu'à sa mort, en plein règne de Louis XIV (20 avr. 1677). Mais, attiré dès sa jeunesse par la vie militaire, il doit servir dans les armées à l'occasion des troubles civils de la Fronde ou des guerres avec l'Espagne. Ayant obtenu la faveur très exceptionnelle du collier de l'ordre de Saint-Michel (20 nov. 1662) qui lui donne le titre de chevalier, jouissant d'une solide fortune, il semble soucieux de faire oublier sa première condition et même le métier, jugé trop roturier, de ses deux frères défunts : attitude qui doit entrer pour une grande part dans l'oubli qui peu à peu s'empare de leur réputation.
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