Le maniérisme opère un déplacement entre le « sujet » et les moyens mis en œuvre pour le représenter ; il introduit la dynamique de la dissymétrie dans l'œuvre d'art. Il est, avant tout, mouvement de rupture par la mise en mouvement des composantes habituellement soumises aux finalités d'une évocation. Paradoxalement, cette tendance n'a nulle part triomphé avec autant d'éclat que dans la réalisation d'objets utilitaires. L'école d'orfèvrerie de Nuremberg est, à cet égard, exemplaire. Les frères Wenzel (1508-1585) et Albrecht (mort en 1555) Jamnitzer et le fils aîné du premier, Christoph (1563-1618), ont donné la meilleure démonstration des possibilités de la ligne en la libérant de l'assujettissement à la forme. Or ce n'est pas le moindre paradoxe du maniérisme que d'appliquer ses débordements formels à de simples objets : aiguières, coupes. Ces objets sont littéralement arrachés à leur destination par un entrelacement de courbes, de spirales dotées d'un extraordinaire pouvoir d'autoengendrement. Ces lignes, qui ne commencent ni ne s'achèvent, trouvent leur justification dans l'intégration d'éléments empruntés à la nature : pierres précieuses qui donnent une profondeur chromatiq […]
