2. Le fils du feu
Reprenant, pour présenter les douze sonnets ajoutés aux Filles du feu et les intégrer au recueil, le mot de « chimères » qui servait de conclusion à Sylvie (« Telles sont les chimères qui charment et égarent au matin de la vie »), Nerval annonce la modernité de sa démarche. Il n'est pas un « voleur de feu » comme, plus tard, Rimbaud le Voyant, mais une « identité affolée » (Jean-Pierre Richard), purifiée à la flamme de rêves inassouvis. Hybride fascinant, ignorant le moi romantique au profit d'une voix sans origine et sans destinataire, abandonné à l'ivresse de tous les dieux réunis, le poète des Chimères ouvre cette liberté du sens qu'imposeront les surréalistes. De l'acteur Brisacier, éperdu d'altérité (Préface des Filles du feu) au « banni de liesse » (El Desdichado) ; de l'Antéros révolté contre l'amour, à la pure liberté créatrice, Nerval relate, dans Les Chimères, la dure conciliation des ténèbres et des forces lucides : « Ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte,/ Et protégeant tout seul ma mère Amalécyte,/ Je ressème à ses pieds les dents du vieux dragon » (Antéros).
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