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LES FEMMES SAVANTES, Molière

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2.  Le théâtre contre le pur esprit

On le voit, Molière reprend ici les scènes majeures et les sujets phares qui ont nourri son œuvre. En jouant sans cesse sur une intertextualité qui informe les rôles, il permet aux spectateurs et aux lecteurs de rire en connivence. Si la satire et la raillerie portent à l'évidence sur les fausses philosophes, les faux poètes galants et les pédants patentés, il est clair que l'auteur s'en prend non pas forcément aux femmes et à leur supposée faiblesse intellectuelle, mais à une idée de la certitude bien ancrée dans les salons galants, voire à la notion de certitude telle qu'elle est reconnue dans ces mêmes cercles – en un mot au cartésianisme tel qu'il est pratiqué dans les années 1670. Faut-il en effet tant se méfier du sensible, tant soupçonner nos perceptions pour envisager une quête intransigeante de la certitude fondée sur la seule évidence que nous livrerait notre conscience ? Faut-il croire que l'esprit et le corps puissent être séparés, et que le spiritualisme post-cartésien soit seul à même de connaître le monde ?

Lorsque Henriette, au début de la pièce, s'oppose à sa sœur Armande, elle décrit deux mondes et deux philosophies : « Vous, du côté de l'âme et des nobles désirs,/ Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs ;/ Vous, aux productions d'esprit et de lumière,/ Moi, dans celles ma sœur, qui sont de la matière. » Corps contre faux esprit ; rire contre prétention transcendante et philosophique ; matière contre esprit : les valets s'écroulent avec la chaise qu'ils transportent, les femmes sont interprétées par des hommes, les barbons font rire et séduisent par leur ridicule même, les situations théâtrales triomphent des raisonnements ineptes, les jeunes filles « naturelles » rejettent les fausses spéculations et les soubrettes ont raison. Si bien que la démonstration en acte, à proprement parler théâtrale, fait que celles qui se vantent d'être tout esprit ne peuvent croiser un homme sans éprouver le chatouillement de leur corps (Bélise), celles qui rejettent le mariage au nom de l'esprit finissent par s'offrir (Armande), tandis que les prêtresses de la science voient dans l'observation qu'elles font de la lune la notification de leur obsession : Philaminte pense acquérir par le savoir « la beauté que les ans ne peuvent moissonner », et remarque que la lune est pleine d'hommes. Le corps se révèle dans les syllabes déshonnêtes, le vocabulaire du bas et de la farce corrompt de l'intérieur la belle ordonnance du pur esprit, au point qu'on en vient à constater que, même dans le discours de ceux et de celles qui développent un cartésianisme spirituel, c'est encore la « substance qui pense ».

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Portrait de Molière dans le rôle de César de "La Mort de Pompée" de Corneille, N. Mignard

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