En 1868, des ouvriers découvrent une sépulture dans un abri-sous-roche situé près des Eyzies-de-Tayac, en Dordogne. Au moins quatre adultes et un enfant gisaient là, ornés d'une parure de plus de 300 coquillages (Littorine littorea) percés et de trois pendeloques d'ivoire. Leur ancienneté est immédiatement acceptée à la suite des travaux de Louis Lartet. Paul Broca leur reconnaît une morphologie moderne. Enfin, Armand de Quatrefage et Ernest-Théodore Hamy érigent le crâne no 1 en type de la seconde race quaternaire, celle de Cro-Magnon. Dès 1907, ils seront attribués à l'Aurignacien (environ 35 000-30 000 B.P.), dont une longue séquence constituait le remplissage de l'abri. Cette conclusion a été infirmée en 2002 par la datation d'une coquille de la parure avec la méthode du carbone 14 en spectrométrie de masse par accélérateur de particules. La date obtenue, 27 680 ± 270 B.P., exclut définitivement une appartenance à l'Aurignacien ancien, daté de plus de 30 000 B.P. en Europe. Confrontée aux données stratigraphiques et culturelles du site, cette date indique une appartenance à la culture gravettienne (environ 28 000 -20 000 B.P.).
La sépulture de l'abri de Cro-Magnon reste cependant l'un des plus anciens témoignages des comportements funéraires pour le Paléolithique supérieur d'Europe, ce qui revient à souligner l'absence de documents fiables sur les pratiques funéraires des populations de l'Aurignacien ancien.
Une autre conséquence importante de cette nouvelle datation concerne l'identité biologique des Aurignaciens en Europe dont les fossiles du site de Cro-Magnon représentaient jusqu'alors les spécimens les plus complets. L'artisan des phases les plus anciennes de l'Aurignacien reste donc très peu connu (quelques fragments à Brassempouy, Landes, ou au gisement des Rois en Charente, etc.).
Dominique HENRY-GAMBIER
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