3. Deux poètes désabusés : Corazzini et Gozzano
Le premier d'entre eux, Sergio Corazzini (1886-1907), mort de tuberculose à vingt ans, est sans doute un des plus sincères, même si la facture de ses vers doit beaucoup aux décadents français, à Jules Laforgue notamment, dont il se rapproche, l'ironie en moins. Comme lui, il a chanté les sombres dimanches des petites villes tristes et « l'heure où les orgues de Barbarie sanglotent dans le crépuscule », les « ritournelles pauvres » et les « ariettes d'hôpital ». Sa poésie, prosaïque à force de simplicité, est la chanson douce d'un enfant qui pleure :
Je ne suis qu'un petit enfant qui pleure.
Mes tristesses sont de pauvres tristesses banales.
Je suis un enfant triste qui ne veut que mourir.
Résigné à une fin qu'il savait proche, il s'est livré avec volupté à la mélancolie de l'écoulement du temps, cherchant dans les choses qui l'entouraient un reflet de sa propre tristesse. Il s'éteindra sans un cri : « Je suis perdu, ainsi soit-il ! »
Plus que Corazzini, Guido Gozzano (1889-1916), mort lui aussi de tuberculose, est le coryphée des crépusculaires. Sa jeunesse fut empoisonnée par D'Annunzio, L'Enfant de volupté, a-t-il dit, a donné « la ciguë à mes vingt ans ». Il lui en restera toujours quelque chose, car on ne peut pas ne pas reconnaître dans son ironie une sorte de volonté polémique tournée autant contre lui-même que contre son ancienne idole. Il a pris ses distances, certes, mais c'est pour mieux regarder, avec nostalgie plus qu'avec mépris, ces « bonnes choses de mauvais goût » qu'il se plaît à évoquer dans sa poésie : les meubles sans style, les intérieurs d'autrefois et les vieilles estampes (L'Amica di nonna Seranza ; Signorina Felicità). Le temps qui passe et le temps passé, le temps futur de la mort qui vient, voilà les grands thèmes d'une poésie qui refuse le drame, les cris et les sanglots. Gozzano ne recherche ni la force ni la grandeur. Il n'enfle pas la voix. Indifférent à tout, fermé à l'enthousiasme collectif, il est incapab […]
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