2. Un nouveau mal du siècle
Malades, ils l'étaient en effet, de ce mal du siècle dont souffrent toutes les générations perdues, celles qui viennent trop tard, quand la ferveur retombe et que tout semble fini. Ce sont eux les vraies victimes de la faillite de la science et du positivisme, car ils n'ont même plus eu, comme Carducci, Pascoli et D'Annunzio, la justification du nationalisme qui n'était pas parvenu à s'inscrire dans la réalité des faits. « La Patrie ? Dieu ? L'Humanité ? dira Gozzano. Des mots que les rhéteurs ont rendu écœurants. » Nino Oxilia, pour sa part, fait entendre une plainte qui nous est familière, depuis Leopardi :
Je vis et je n'en connais pas la raison
Et je me tourmente...
Et Corazzini de conclure :
Nous ne sommes que des choses
[en une seule chose :
Une image terriblement parfaite du Néant.
Aussi retrouvons-nous chez ces poètes ce sentiment de l'ennui qui apparaît toutes les fois que la crise des valeurs de la société bourgeoise se manifeste au grand jour. Marino Moretti rime :
Il n'y a ni douleur ni joie,
Il n'y a ni haine ni amour
Rien ! Il n'y a qu'une couleur
Le gris, et un ver : l'ennui.
C'est ce qui explique qu'on ait pu voir dans les crépusculaires les héritiers des poètes de la bohème milanaise, de Praga et de Tarchetti, Betteloni servant d'intermédiaire. Blessés du même mal, ils ont fait entendre la même plainte du fond des hôpitaux ou des cimetières.
Si une affinité thématique entre les crépusculaires et les poètes de la bohème milanaise n'est pas douteuse, elle n'efface pas cependant l'influence des seconds symbolistes français, A. Samain, Maeterlinck, et surtout Francis Jammes qui a encouragé par son exemple la « suppression de la littérature à effets ». Dans ce tendre saint François des lettres françaises, ils retrouvaient Pascoli se penchant sur le brin d'herbe et sur la fleur des prés, rêvant d'une vie tranquille et simple au fond d'une lointaine province. Les crépusculaires ont tous plus ou moins la nostalgie de la campagne. C' […]
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