Depuis Les Rayons et les Ombres (1840), Victor Hugo (1802-1885) n'avait pas publié de recueil lyrique. Certes Les Châtiments (1853), violent libelle contre Napoléon III, marquaient un retour à la poésie, mais à une poésie tout entière au service de la politique. Dans la Préface aux Contemplations, publiées à Paris en 1856 alors que le poète est en exil à Guernesey, Hugo affirme : « Vingt-cinq années sont dans ces deux volumes [...]. L'auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l'a déposé dans son cœur. » La souffrance est bien le thème central du recueil, liée à la mort de sa fille Léopoldine en 1843, qui a entraîné un profond bouleversement intérieur de l'homme et du poète.
1. « Les mémoires d'une âme »
Le recueil est divisé en deux parties : Autrefois (1830-1843) et Aujourd'hui (1843-1855), soit les douze années qui précèdent la mort de sa fille, et les douze années qui la suivent. Hugo l'indique dans sa Préface, « Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d'un mort », et précise aussitôt sa pensée : « Qu'est-ce que Les Contemplations ? C'est ce qu'on pourrait appeler, si le mot n'avait quelque prétention, Les Mémoires d'une âme. » Chacune des deux parties est divisée à son tour en trois livres : « Aurore », « L'Âme en fleur », « Les Luttes et les rêves » pour la première ; « Pauca Meae », « En marche », « Au bord de l'infini » pour la seconde. La première partie évoque davantage les moments de bonheur, de confiance, dépeint parfois la souffrance mais pour laisser l'espoir d'un apaisement compensateur. Dans la seconde, au contraire, la poésie soutient une méditation philosophique sur le deuil et l'injustice du monde. Hugo peint dans Les Contemplations la totalité de l'âme – amour, tristesse, deuil, éblouissements et mystères de la nature, pensée sociale, politique et religieuse – grâce à l'étendue de son registre lyrique qui allie le badinage léger, la plainte désolée, à l'élo […]
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