2. Les plaisirs minuscules
Un peu avant sa mort, en 2000, Claude Sautet décida de remonter quelques-uns de ses anciens films. Aux Choses de la vie, il enleva ainsi une minute et six secondes... Ce qui fit les frais de la coupe était un début d'explication du mal-être de Pierre. Car Pierre, c'est un fait, n'est pas satisfait. Il a de l'argent, un métier créatif, il va de femme en femme, toutes également belles, sensibles et intelligentes, la vie donc lui sourit et cependant quelque chose ne tourne pas rond. Bien sûr, il ne se suicide pas, il a un accident, mais tout de même, cet accident tombe à pic. Le passage supprimé par Sautet faisait dire à Pierre (à l'adresse d'Hélène) : « Je ne sais pas t'aimer, je ne sais pas te parler... Je vais partir » – avec l'ambiguïté que suppose le verbe partir (rompre ou mourir)... N'y avait-il donc que cette difficulté des couples à communiquer, chère à Antonioni, pour moteur de son malaise ? Fumer sans cesse, se fâcher absurdement, sembler toujours lointain, désengagé de l'instant, en proie à de mystérieux remords, tout cela pour une question de langage ? Il est permis d'en douter. La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri, toujours avec Piccoli, proposera plus tard une variation d'un autre genre sur ce mal-être des gens « arrivés ».
Doit-on penser, finalement, que ce sont des velléités transcendantales qui préoccupent le héros ? Le film en tous cas nous en détourne en mettant l'accent – comme son titre l'indique, et plus encore son titre de Hong Kong – sur les « plaisirs minuscules ». Un verre de Pacherenc, une balade en voilier, un matin où Hélène plante des neigeuses dans son chignon avec des gestes de chatte qui s'étire, le souvenir des jours heureux dans le regard d'un fils qu'on ne reconnaît plus... Ces vignettes, Pierre s'en rend compte en mourant, constituent l'essentiel de ses jours quand il pensait sur le moment qu'elles n'en étaient que l'écume.
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