2. Pound, l'homme du « ressentiment »
À la suite des « Cantos chinois » (LII-LXI), les « Cantos américains » (LXII-LXXI) tentent également de faire percevoir cet esprit des Lumières dans le Nouveau Monde, à travers le portrait d'un homme éclairé du xviiie siècle, John Adams, deuxième président des États-Unis. Cependant, en présentant Adams comme le père intellectuel des États-Unis, Pound semble nier le poids idéologique de ses prédécesseurs, les vrais fondateurs spirituels de l'Amérique : les Pères Pèlerins. On sait combien ces religieux – qui comptaient parmi les ancêtres de Pound – s'opposaient à toute spéculation philosophique non théologique. C'est l'esprit rigide et puritain inséparable de l'histoire de l'Amérique qui devait convaincre Pound de s'exiler. La haine acharnée qu'il voua à son baptême, la rancœur envers ses origines, sa révolte impuissante nous permettent de voir en lui, selon le qualificatif nietzschéen, l'homme du « ressentiment ». Cet aveuglement devait apparaître chez Pound lors de ses violentes attaques racistes. Il reste que, malgré l'horreur qu'inspirent ses préjugés, notamment son antisémitisme, Les Cantos font partie intégrante de la littérature du xxe siècle : « Et maintenant les fourmis semblent vaciller/ quand le soleil du soir a pris au piège leurs ombres,/ ce souffle entièrement recouvre les montagnes/ il brille et sépare/ il nourrit de sa droiture/ ne cause aucun dommage/ dominant la terre il abreuve les neuf champs/ jusqu'au ciel ».
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