2. Un héros de notre temps
En définitive, savoir qui est Chvéïk n'est pas une tâche facile. Est-ce un coquin rusé feignant la bêtise ou bien un idiot qui sert fidèlement la hiérarchie militaire ? Le comportement de Chvéïk, ses actes et ses paroles ne sont pas univoques et se prêtent aux interprétations les plus diverses.
On peut répartir tous les personnages du roman selon deux groupes : d'un côté, les parodies d'officiers représentant l'univers grotesque et révolu de la monarchie autrichienne, de l'autre, une pléiade de gens simples, brossés avec humour et sympathie. Chvéïk se trouve entre les deux, comme un élément de synthèse : au contact des premiers, il contribue – non sans joie – à provoquer des situations qui ridiculisent impitoyablement toutes les « valeurs » de l'ancienne monarchie, tandis qu'avec les seconds qui, comme lui, sont broyés par l'absurdité de la guerre, son attitude est pleine d'humour, optimiste et réconfortante.
Si Chvéïk représente l'élément populaire ridiculisant la guerre d'« en-bas », son alter ego, l'aspirant Marek, avatar romanesque de Hašek lui-même, exprime l'attitude sarcastique des intellectuels tchèques envers la guerre.
Avec Les Aventures du brave soldat Chvéïk dans la Grande Guerre, Hašek crée, en réponse aux bouleversements engendrés par la guerre, dans la littérature, un genre nouveau d'œuvre épique, libérée des traditions romanesques antérieures. Dans cet univers étrange, comme aliéné, Chvéïk, à l'instar du Sancho Pança de Cervantès ou du Joseph K. de Kafka, représente un type littéraire original.
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