2. Reconfigurer le temps
En 1986, Wim Wenders dit de ce film indescriptible : « On ne peut rien décrire sinon un désir ou des désirs. C'est par là qu'on commence quand on veut faire un film... ». Sa texture noir et blanc évoque Berlin, symphonie d'une grande ville (Berlin : Die Sinfonie der Großstadt, 1927) de Walter Ruttman. Le travail sur la lumière d'Henri Alekan apporte une tonalité singulière au film de Wenders. La transition progressive du noir et blanc vers la couleur engage une réflexion spécifique sur la temporalité au cinéma. Le final, métaphore d'un retour à l'enfance, annonce une ouverture en porte-à-faux avec le confinement de la ville. Les anges errants représentent la mémoire et le temps. En parcourant la ville dans ses recoins les plus insolites, ils témoignent d'une histoire non révolue qui transpire encore dans le présent. Berlin apparaît à la fois comme un lieu clos et un espace de liberté, de rencontres et de diversités. C'est aussi un lieu de survie représentatif des stigmates de la dernière guerre. Le montage en fondu enchaîné établit la jonction entre le présent du récit et le passé de l'Allemagne. Berlin, détruit en 1945, devient peu à peu un non-lieu au centre de l'Europe. La réincarnation de l'ange en homme symbolise une rédemption. Les ruines de la guerre ont fait place à l'espérance d'un amour naissant. Désormais loin des lieux de mémoire et de la barbarie nazie évoquée par des images d'archives, l'ange peut troquer son pouvoir d'éternité pour un retour au désir, moteur de l'humanité. Aucun mur ne saurait exister pour un ange. Après une trajectoire céleste et immatérielle, sa métamorphose lui permet de découvrir enfin les joies terrestres à travers la fusion du masculin et du féminin.
Le film débute par la lecture d'une comptine de Peter Handke : « Lorsque l'enfant était enfant/ Il marchait les bras ballants,/ Voulait que le ruisseau soit/ Rivière et la rivière fleuve,/ Que cette flaque soit la mer. » Celle-ci revient et se développe au cours du film, laissan […]
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