Aristocrate valencien, le duc de Lerme inaugure l'ère des favoris qui caractérise les règnes de Philippe III et de Philippe IV d'Espagne.
En 1598, à la mort de Philippe II, alors qu'il n'est encore que marquis de Denia, il devient le conseiller le plus écouté de Philippe III, et s'empresse de placer aux plus hauts postes de l'État certains membres de sa famille, notamment le comte de Miranda, son beau-frère, à la présidence du Conseil de Castille, et son oncle à l'archevêché de Tolède. L'année suivante, il reçoit le titre de duc de Lerme et accumule en l'espace de trois ans une fortune colossale qui provient de terres, de largesses du roi et de prélèvements sur la flotte des Indes. Il gouverne le plus souvent à la place du souverain, et décide de créer des sortes de comités restreints (juntas) pour examiner des problèmes particuliers de l'État indépendamment des conseils ; cette initiative, reprise plus tard avec efficacité par Olivares sous le règne de Philippe IV, n'a pas le résultat escompté, car Lerme choisit mal ses conseillers : Pedro Franqueza, chargé des finances jusqu'en 1607, se rend rapidement coupable de malversations, et Rodrigo Calderón, aventurier sans scrupules, mourra sur l'échafaud au début du règne suivant.
Pourtant le marasme économique de l'Espagne, dû aux guerres continuelles des règnes de Charles Quint et de Philippe II, exige des mesures rapides. Le duc de Lerme essaie de décharger la Castille d'une partie des impôts, en faisant appel aux autres provinces, notamment à la Biscaye ; mais il se heurte à leur opposition. Les fonds ainsi collectés sont d'ailleurs gaspillés en dotations accordées aux privilégiés. Pour financer la guerre contre la Hollande, Lerme recourt à la vente des charges et aux subsides des Juifs portugais. L'argent extrait des mines d'Amérique s'épuisant, il promulgue à partir de 1599 une série de décrets qui autorisent à frapper monnaie de billon, c'est-à-dire d'alliage à base de cuivre.
Acculé par la banqueroute, le duc de Lerme est contraint en 1609 […]
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