2. L'heure de l'épée
Entre 1906 et 1924, Lugones effectue plusieurs voyages en Europe. En 1913 et 1914, Til dirige à Paris la Revue sud-américaine. Lors de la Première Guerre mondiale, il prend parti pour les Alliés et publie Ma Belligérance (1917). En 1924, à la Société des Nations, il est reçu comme membre de la commission de Coopération intellectuelle. Bergson, qui préside cet organisme, accueille le même jour l'écrivain argentin et un savant allemand qui avait déjà fait beaucoup parler de lui : Albert Einstein. Il semblerait, d'après ces faits, que Lugones fût un adepte de la démocratie occidentale. Il n'en est rien.
En 1913, Lugones parlait déjà des masses populaires majoritaires comme d'une « force bestiale », et pour lui, le suffrage universel n'était qu'une tromperie, « un sarcasme byzantin ». Il manifeste ensuite son admiration pour Mussolini en qui il voit un purificateur, un nouveau Cromwell. Très vite, pour éviter les pernicieuses influences populistes et xénophiles, il prône le recours à un nationalisme militariste. Ses anciens amis socialistes s'en prennent alors violemment à ce « kolosse (sic) de la pensée » et dénoncent « la crise mentale d'un poète bureaucratique [...] à l'idéologie si barométrique et mouvante ». Lugones n'en a cure et, lors d'un voyage au Pérou, en 1924, il proclame que « vient de sonner l'heure de l'épée ». Il appelle de ses vœux le grand chef qui sauvera l'Argentine. Mis à part quelques poèmes et contes, et un roman décevant El Ángel de la sombra (1926, L'Ange de l'ombre), Lugones met ses talents d'écrivain et de journaliste au service d'un nationalisme autoritaire qu'il définit dans La Organización de la paz (1925), La Patria fuerte (1930, La Patrie forte), Política revolucionaria (1931), La Grande Argentina (1931), El Estado equitativo (1932, L'État équitable). Il devient naturellement le maître à penser des éléments putschistes de l'armée, et, en septembre 1930, il participe activement au coup d'État du général Uriburu qui met fin pour lo […]
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