2. « Négritude debout »
Cette injonction résume la mission que s'est assignée Senghor : quête de l'originalité essentielle de sa race, définition d'une singularité qui soit instrument de refus, découverte de soi, et approche particulière de l'universel. La négritude, « c'est d'abord une négation [...], plus précisément l'affirmation d'une négation. C'est le moment nécessaire d'un mouvement historique : le refus de l'Autre, le refus de s'assimiler, de se perdre dans l'Autre ». L'idéal fugitif d'intégration (« J'ai rêvé d'un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus ») bute sur l'humiliante réalité :
...Rien que les sables les impôts les corvées la chicotte
Et la seule rosée des crachats.
Devant la condition inférieure de tout un peuple, ce cœur chrétien n'accepte pas les privilèges octroyés : il sent monter en lui la colère du prophète, la violence d'une invective qui fustige l'orgueil des « têtes blondes ».
La conscience négative d'une identité doit toutefois se dépasser : « Le refus de l'Autre, c'est l'affirmation de soi. » Senghor définit la négritude comme « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire », ou la « personnalité collective négro-africaine ». Elle tire sa spécificité des traits distinctifs de l'âme noire : primauté de l'émotion, de la sensibilité (« La raison européenne est analytique, discursive par utilisation, la raison négro-africaine, intuitive par participation ») et, en art poétique, de « la chaleur émotionnelle qui donne la vie aux mots, qui transmue la parole en verbe », avec ses thèmes singuliers : l'ardeur profonde des couleurs sombres, la pulsation obscure du sang, les bruits de la nature et des instruments traditionnels, l'immanence des ancêtres... On a reproché à l'écrivain d'imposer une caractérisation artificielle à des races et à des peuples fort divers (qui oserait discourir sur l'« albitude » ?) ou d'oblitérer, par un racisme à rebours, la division des hommes et des nations entre dominants et exploités : le concept […]
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