Léon Poliakov occupe dans le paysage intellectuel français une place singulière. L'historien fut un pionnier, allant là où sa curiosité – qui était grande – le poussait, sans souci des honneurs ni de la carrière.
Il est né en 1910 à Saint-Pétersbourg, le surlendemain de la mort de Léon Tolstoï, dont il hérita le prénom et sous le signe duquel se déroula son éducation. Son attachement à sa Russie natale ne se démentit jamais. Il conserva, quoique arrivé à Paris à l'âge de dix ans, son accent slave, et en 1983, se sentant russe avant tout, il fit retour à l'histoire russe.
Son père, autodidacte, avait fait fortune à Saint-Pétersbourg en devenant éditeur, publiant notamment des journaux de gauche. En 1920, la famille parvient à quitter la Russie bolchevique pour Paris, via l'Italie. Après un détour par Berlin, elle s'installe définitivement en France en 1924. Léon Poliakov passe une licence en droit, et travaille dans l'entreprise de publicité fondée par son père. En 1934, Vladimir Poliakov crée un journal pour la nouvelle émigration judéo-allemande, le Pariser Tageblatt, qui rencontre un grand succès et est injustement accusé, en 1936, d'avoir été vendu à Goeb […]
