Né le 15 juillet 1922 à New York dans une famille d'émigrés russes, Leon Lederman servit trois ans dans l'armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, puis fit ses études à l'université Columbia de New York où il soutint sa thèse en 1951. Nommé professeur de physique en 1958, il resta à Columbia jusqu'en 1979, année où il devint directeur du laboratoire national Fermi (Fermilab) à Batavia (Illinois) – où les plus grands accélérateurs de particules américains furent construits –, poste qu'il occupa jusqu'à sa retraite en 1989.
En 1962, avec ses collègues Melvin Schwartz et Jack Steinberger, il réalisa une expérience fondamentale pour la compréhension de l'interaction nucléaire faible. En séparant les produits des désintégrations des mésons π, eux-mêmes produits lors des collisions des protons accélérés par le grand synchrotron de Brookhaven, ils purent obtenir le premier faisceau de neutrinos contrôlé. En dix jours, l'équipe put ainsi analyser le passage de quelque 1014 neutrinos dans un détecteur de 10 tonnes d'aluminium et enregistrer 51 collisions de neutrinos donnant toutes naissance à un muon. Ils déterminaient ainsi qu'il y avait bien deux sortes de neutrinos, l'un attaché à l'électron et découvert en 1956, l'autre au muon et qu'ils venaient de mettre en évidence. On sait maintenant que nombre de particules élémentaires sont ainsi groupées par paires (dites d'isospin faible). Le prix Nobel de physique 1988 récompensa Lederman, Schwartz et Steinberger pour cette expérience historique.
En 1977, une collaboration menée par Lederman détectait une particule quelque dix fois plus massive que le proton dans les produits des collisions de protons accélérés au laboratoire Fermi. Cette particule se révélait contenir un nouveau quark (nommé b pour bottom). En 1979, il devient directeur du Fermilab, puis rejoint l'université de Chicago en 1989.
Lederman a lancé, dans les années 1990, une ambitieuse campagne de vulgarisation scientifique destinée aux enfants des quartiers américains déshérités. Célèbre pour son art d'émailler ses exposés scientifiques d'histoires de rabbins provenant des lointains ghettos russes, il est l'auteur d'un livre, The God Particle, (une sacrée particule), présentant de façon alerte et optimiste la recherche du boson de Higgs. C'est dans ce même souci de partage de la culture scientifique qu'il crée, en 1995, un centre éducatif scientifique au Fermilab, à Batavia près de Chicago.
Bernard PIRE
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