Né à Aubervilliers, d'un père ancien communard, employé dans une manufacture de tabac, Léon Jouhaux, après avoir obtenu son certificat d'études et préparé l'École des arts et métiers, est embauché d'abord dans une serrurerie ; puis il rejoint son père à la manufacture. Il a alors seize ans et fréquente les groupes anarchistes. En 1901, il est condamné à trois mois de prison avec l'anarchiste Libertad pour avoir crié « À bas l'armée » lors d'une manifestation. Licencié, il exerce divers métiers et effectue son service militaire en Algérie. Délégué en 1906 au comité fédéral des bourses du travail, il est en 1908 au secrétariat de la Confédération générale du travail. Griffuelhes, contraint de démissionner de son poste de secrétaire général, pousse Jouhaux à sa place. Face au choix d'août 1914, rester dans l'opposition systématique à la guerre ou participer, il opte pour la collaboration et certains de ses camarades lui reprochent de s'y trouver très à l'aise. Il pense que « l'organisation syndicale doit être présente partout où se discutent les intérêts moraux et matériels de la classe ouvrière ». Il a choisi sa voie et s'y tiendra jusqu'à sa mort. Sa rupture avec la tradition du syndicalisme révolutionnaire est brutale ; il n'en maintient que la volonté d'autonomie du syndicat face à tout parti politique.
En 1921, après l'échec des grandes grèves qu'il n'avait pas voulues et après la scission du Parti socialiste, Jouhaux oblige son aile gauche de plus en plus puissante (les comités syndicalistes révolutionnaires) à faire scission. Le mouvement syndical se brise, mais les réformistes gardent l'appareil de la C.G.T. Cependant, Jouhaux doit se battre sur deux fronts : si, sur sa gauche, les révolutionnaires fondent la C.G.T. unitaire (C.G.T.U.), sur sa droite s'est créée la Confédération française des travailleurs chrétiens, qui affirme ainsi l'existence d'un syndicalisme chrétien de masse que la C.G.T. a toujours nié. Entre la collaboration de classe que préconise la C. […]
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