Il existe, inhérente à l'atmosphère de Prague, une inspiration fantastique qu'ont magistralement illustrée la lucidité prophétique de Kafka et l'ésotérisme de Meyrinck. L'œuvre de Leo Perutz appartient à la même lignée. En dépit d'une écriture plus conventionnelle, le choix des thèmes excelle à traduire cette indifférenciation entre le réel et l'imaginaire qui oriente si souvent les destinées et que, à la même époque, Freud tenta d'analyser.
Fils d'industriel, Perutz fait ses études à Prague, où il est né le 2 novembre 1884. La Première Guerre mondiale interrompt pour un temps sa brillante carrière de mathématicien. Envoyé au front comme officier, il est grièvement blessé et profite de sa convalescence pour se tourner vers la littérature. Encouragé par le succès de Die dritte Kugel (1915), il publie en 1918 Zwischen neun und neun et en 1920 Das Gasthaus zur Kartätsche. La même année paraît un de ses meilleurs romans, Le Marquis de Bolibar, qui lui assurera une renommée internationale. Le Maître du Jugement dernier (1923) relève davantage de la littérature fantastique conventionnelle, telle que la popularisèrent en Angleterre Art […]
