Avec l'arrivée de Léo Malet, le roman policier français reçoit le même type de secousse que celle qu'enregistre le roman américain avec l'entrée en lice de Dashiell Hammett. Avec lui, le roman d'investigation hexagonal quitte ses faux cols pour se colleter avec de vrais durs. Il se met à exsuder la peur, tandis que Nestor Burma arpente les rues, pipe au bec et gouaille au vent, avec juste ce qu'il faut de cynisme à froid et d'humour de même teneur pour ne pas oublier les tons vert-de-gris de l'époque. Cela exhale des odeurs d'irrespect et d'insolence, abat des cartes narratives qu'on avait peu l'habitude de lire par chez nous, réveillant sans ambages un genre littéraire de son sommeil pour le plonger dans le réalisme cru des actes de tous les jours...
1. Surréalisme et noirs desseins
Né le 7 mars 1909 à Montpellier, d'un père employé de bureau et d'une mère couturière qui décèdent quatre ans plus tard, Léo Malet est élevé par son grand-père, un tonnelier passionné de littérature et admirateur de Jaurès. Après son certificat d'études, il travaille dans une banque, tout en vendant Le Libertaire, ce qui lui vaut d'être licencié. À seize ans, il quitte l'Hérault natal pour Paris où il est accueilli par l'anarchiste André Colomer, fondateur de L'Insurgé. C'est l'époque des vaches maigres et des petits boulots : manœuvre, « nègre » d'un maître chanteur analphabète, laveur de bouteilles, plâtrier, vendeur de journaux à la criée, etc. Léo Malet écrit aussi des textes poétiques qu'il envoie à André Breton.
Enthousiaste, celui-ci lui fait part de son désir de le rencontrer. Malet devient membre du groupe surréaliste et fréquente outre Breton, Bataille, Dalí et Magritte. Il publie des plaquettes de poèmes aux titres évocateurs (Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, J'arbre comme cadavre, Hurle à la vie...), adhère à la Fédération internationale de l'art révolutionnaire indépendant fondée par Trotski et Breton. Arrive la guerre. Prisonnier au stalag XB, il est libéré huit mois plus t […]
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