
Seule grande cinéaste allemande du nazisme, Leni Riefenstahl est née à Berlin. D'abord danseuse, elle joue ensuite dans de nombreux films d'Arnold Franck, parmi lesquels La Montagne sacrée (1926), Tempête sur le Mont-Blanc (1930), S.O.S. Iceberg (1933). En 1932, elle réalisa avec Franck La Lumière bleue (Das blaue Licht, 1932). Très proche du pouvoir nazi, elle réalise un premier court-métrage de propagande en 1933, puis son œuvre la plus célèbre Le Triomphe de la volonté (Der Triumph des Willens, 1934), un film de montage d'une ampleur exceptionnelle tourné, avec l'assentiment du Führer, à l'occasion du grand congrès de Nuremberg. Pour les uns (Georges Sadoul), c'est là un document « inégal et grandiloquent » mettant en évidence, « derrière le décorum apparent, la barbarie foncière » du régime ; d'autres (René Jeanne et Charles Ford) y voient « l'œuvre d'une intoxiquée... intoxiquée à la fois d'hitlérisme et de cinéma ; une sorte de féerie wagnérienne se déroulant dans un Walhalla populaire dont la grandeur peut choquer, mais ne saurait être niée ». Interrogée sur son film, Leni Riefenstahl elle-même déclara par la suite : « J'ai simplement montré ce dont tout le monde, alors, était témoin. Et tout le monde était impressionné. Je suis celle qui a fixé cette impression, qui l'a enregistrée sur pellicule. » Et elle ajoute : « À l'époque, on croyait à quelque chose de beau... Le pire était encore à venir, mais qui le savait ? C'est de l'histoire. Un pur film historique. Pas un film de propagande. » Mais, en 1935, la même confiait à Radio Berlin avoir voulu faire « une œuvre formidable, faite pour étreindre les âmes ». Le film vérifie en tout cas pleinement la thèse de W. Benjamin selon laquelle le fascisme représente l'esthétisation de la politique. À l'occasion des jeux Olympiques de Berlin, Leni Riefenstahl réalise ensuite Les Dieux du stade (1936-1937) ; ce film comporte deux parties : La Fête de la beauté (Fest der Schönheit) et La Fête du peuple (Fest der Völker). Si son esthétique appuyée crée d'incontestables effets de beauté plastique, elle n'en révèle pas moins l'optique nazie qui préside au film où l'exaltation païenne des corps se réfère au racisme et à l'élevage plutôt qu'à des critères humains. Le film fonctionne comme un gigantesque miroir, un piège narcissique où les foules s'identifient sans réserve aux nouveaux héros qu'on leur présente. Leni Riefenstahl n'acheva pas Tiefland, œuvre à laquelle elle travailla entre 1940 et 1945. Elle se tourna par la suite vers la photographie, réalisant notamment des reportages sur les Nuba, une ethnie du haut Soudan.
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