5. La légitimité dans la société politique
Si le système de la légitimité a été utilisé de la manière la plus effective et parfois la plus dangereuse pour ou contre les gouvernements, il ne faut pas oublier que la même idée, sur le plan religieux ou sur le plan rationnel, a été appliquée aux fondements mêmes de la société politique. Cette idée est apparue surtout au Moyen Âge sous l'influence de l'Église. Dans l'Antiquité le problème de la légitimité ne se posait guère. On décrivait les institutions existantes. On mesurait à l'occasion leurs avantages et leurs inconvénients. Des philosophes les jugeaient sans doute d'un point de vue moral. Mais, même chez Platon et Aristote, il s'agissait plutôt de déterminer l'idéal d'un gouvernement que de remonter à la source et à la justification de l'autorité. C'est un fait très remarquable que le problème de la légitimité n'ait été vraiment abordé que par la théologie chrétienne et que celle-ci ait ouvert les voies à des spéculations purement séculières sur le même sujet. La théorie du droit divin comme base de la légitimité trouve son origine dans la parole de saint Paul : omnis potestas a Deo. Mais on sait que cette formule a revêtu deux interprétations différentes. Elle a servi à justifier l'autorité monarchique, dont les titulaires étaient censés être désignés par Dieu pour gouverner les hommes. Sous cette forme elle a été utilisée par le pouvoir civil, par les légistes de l'empereur et par ceux du roi de France. Au contraire, la doctrine de l'Église s'est montrée plus nuancée. Ce qui vient de Dieu, d'après saint Thomas, c'est le pouvoir pris en soi, le rapport abstrait de quelqu'un qui gouverne à quelqu'un qui est gouverné. Il n'en résulte pas que Dieu ait institué par un acte exprès de volonté telle famille ou telle forme de gouvernement. L'institution politique reste donc, dans ces limites, de droit humain, et saint Thomas la rapporte à la collectivité agissant en vue du bien commun : omnis potestas a Deo per populum. Il ne s'ensu […]
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