2. Du communautarisme à l'ouverture sociopolitique
On peut affirmer que Malcolm X (1992) est un film d'approfondissement thématique et non de rupture : les divers éléments présents dans les premiers travaux du cinéaste s'y retrouvent dialectisés. Dès la fin des années 1960, Hollywood veut adapter à l'écran l'autobiographie de Malcolm X, parue en 1966. Spike Lee bataille des années afin d'hériter du projet. Dès l'ouverture de cette superproduction, sur un gros plan du drapeau américain, on connaît les buts de l'auteur : Malcolm X deviendra une grande personnalité américaine, comme Kennedy. C'est effectivement la première biopic consacrée à une personnalité afro-américaine et réalisée par un cinéaste de couleur. Denzel Washington tient le rôle de Malcolm X.
Le film obéit à deux impératifs : montrer le sort désastreux des Afro-Américains dans les années 1950 et 1960, faire de ce personnage, des années 1940 jusqu'à son assassinat en 1965, une figure emblématique de la scène politique américaine. Malcolm Little devient Malcolm X, car il a une identité à conquérir. Il adhère au groupe nationaliste radical Nation of Islam qui utilise cette religion pour contrer les valeurs de l'Amérique chrétienne. Malcolm X n'est pas vraiment un film politique, plutôt une œuvre mythologique où le héros suit, comme toute autre figure sainte, un martyrologe qui le conduit à la prise de conscience. C'est néanmoins un grand film, même s'il n'illustre pas totalement la pensée du leader. Spike Lee ne retient que le combat contre le racisme du jeune militant, sans prendre en compte la convergence de sa pensée, au début des années 1960, avec celle des idéologues tiers-mondistes ni son soutien aux pays en voie de décolonisation.
Le succès de Malcolm X installe Spike Lee au premier rang des cinéastes américains. La suite de sa carrière est beaucoup plus dispersée. Il revient régulièrement à des sujets à coloration communautariste : Get on the Bus (1996), The Very Black Show, The Original Kings of Comedy (2000, documentai […]
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