2. La confrontation avec la mort
Le soleil se lève aussi est une histoire de bohèmes à la dérive cherchant tour à tour le réconfort dans l'alcool et l'érotisme, l'excitation dans la boxe et la corrida, qui sont l'équivalent de la guerre en temps de paix. Cet épicurisme s'apparente au désespoir. Ici sourdent déjà les deux polarités qui marquent l'œuvre d'Hemingway, la conscience de la mort et la jouissance du moment présent.
Des bars parisiens au ruisseau à truites des Pyrénées, puis aux arènes espagnoles, la « blessure » qui marque le héros va de pair avec la découverte du code qui unit « ceux qui savent » parce qu'ils ont affronté la mort et la guerre. La leçon de cette confrontation est la révélation du néant qui hante la vie et la conviction qu'il est vain d'essayer de bâtir quelque chose. La seule issue réside dans la jouissance de l'instant. Dans sa quête, Jake prend son parti de la désacralisation de ce monde sans devenir, cynique au point d'admettre la profanation des valeurs spirituelles.
Cette « diablement triste histoire » pose la question de savoir comment l'homme peut affronter la mort sans vivre l'enfer sur terre, et sans se comporter en fantoche ou en vaincu. Dans cette perspective, la norme est représentée par Jake et Pedro, opposés à la vacuité maladive du triangle que forment Campbell-Cohn-Brett. Si elle se montre parfois d'une vacuité détestable, lady Brett est un personnage d'une grande complexité. Infirmière pendant la guerre, elle a vu mourir celui qu'elle aimait ; elle a épousé un baron anglais névrosé qui la maltraitait, ce qui explique son alcoolisme et sa quête d'amants.
À la fin du roman, Brett dit seulement à Jake : « Nous aurions pu avoir tellement de bon temps ensemble. » Et il répond : « N'est-il pas beau de le croire ? » Désirer sans jamais posséder (par impuissance sexuelle ou dans une quête sans fin), tel est l'obstacle sur lequel vient buter la vie. Hemingway a mis beaucoup de lui-même dans son antihéros, et surtout cette part qui, à cause de son héritage puritain […]
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