2. Un roman réaliste et métaphysique
Roman métaphysique, parce que récit d'une quête et d'un hypothétique salut, Le Roi des aulnes est aussi un roman réaliste. C'est sans doute la coexistence de deux visions et de deux discours qui donne à l'œuvre sa force et son originalité. D'un côté, les « écrits sinistres » de Tiffauges (« tief Auge » pour les allemands, c'est-à-dire « œil profond ») où celui-ci, livré à ses seules obsessions, reconstruit la réalité en un système de signes et de présages. De l'autre, la chronique implacable des horreurs de la guerre : les chasses du maréchal Göring, la vie d'une napola, les têtes des commissaires juifs conservées dans des bocaux, les vivisections du docteur Mengele, autant d'épisodes tragiques, tous inspirés par des faits véridiques et les témoignages des acteurs de l'époque. Ces misères du IIIe Reich perçues à travers le regard d'un pervers placent Le Roi des aulnes dans le sillage du Docteur Faustus (1947) de Thomas Mann, autre grand roman allégorique fondé sur les délires du nazisme, et en font très certainement le chef-d'œuvre de Michel Tournier.
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