Publié en septembre 1951, Le Rivage des Syrtes reçut le prix Goncourt que Julien Gracq, âgé de quarante et un ans, refusa. L'année précédente, dans son pamphlet La Littérature à l'estomac, l'écrivain avait brossé une satire des critiques, des maisons d'édition et des prix littéraires. Malgré cette fervente dénonciation de la mise en publicité des livres et des auteurs, fidèle aux éditions Corti qui lui permettront durant toute sa carrière de poursuivre son combat pour la dignité de l'œuvre littéraire, Gracq allait assister à un surcroît de publicité et de ventes du Rivage des Syrtes.
Ce récit, aux confins du roman et de la poésie, reprend le thème surréaliste de l'attente éclairée, que Breton a édifié en art de vivre. Gracq prolongeait ainsi les fruits de son expérience passée aux côtés de ceux qui s'étaient engagés à « changer la vie ». Déjà, dans Un beau ténébreux (1945), il mêlait angoisse et folle espérance, mettant en scène la race des veilleurs rongés par la certitude de l'événement. Ici, de façon plus accomplie, et comme ce sera encore le cas dans Un balcon en forêt (1958), l'attente est l'horizon à consumer qui entraîne […]
