2. Une écriture de l'indéchiffrable
Ce pouvoir de vie et de mort qui fait irruption dans l'existence de K. et contre lequel nulle résistance humaine ne se révèle efficace est-il une force transcendante à la société ? Le Procès reprend-il la tradition séculaire de la satire et de la mise en question de la justice inique, corrompue et parfois même criminelle ? Ou bien s'agit-il, comme chez Dostoïevski, d'une réflexion théologique sur la Loi, la faute et le sens de la vie après la mort de Dieu ? Ou bien n'était-ce qu'un cauchemar, un fantasme, un délire de persécution, l'histoire de l'autodestruction d'un grand névrosé ? Les interprétations psychanalytiques du Procès abondent et le texte paraît les solliciter, tant l'action suit la logique du rêve, tant abondent les figures du désir et de la conquête érotique (Mlle Bürstner, la femme de l'employé du tribunal, Leni, la servante du juge Huld) qui se transforment en autant de figures d'une sexualité redoutée.
Le chapitre intitulé « Dans la cathédrale », à la fin du roman, renforce l'hypothèse théologique. C'est l'aumônier des prisons qui raconte à K. la parabole « Devant la Loi » qui commence ainsi : « Devant la porte de la Loi se tient un gardien. Ce gardien voit arriver un homme de la campagne qui sollicite accès à la Loi. Mais le gardien dit qu'il ne peut le laisser entrer maintenant. » À la fin de cette parabole, l'homme venu de la campagne est arrivé au terme de son existence. « Le gardien se rend compte alors que c'est la fin et, pour frapper encore son oreille affaiblie, il hurle : „ Personne d'autre n'avait le droit d'entrer par ici, car cette porte t'était destinée, à toi seul. Maintenant je pars et je vais la fermer“. » Dieu attend l'homme, mais reste inaccessible à ceux qui ne le trouvent pas d'emblée. À moins que Dieu n'existe que dans la recherche et l'attente des hommes ? La Loi n'est possédée ni interdite par aucun gardien, dans aucun temple. Elle se trouve sous nos yeux, en nous-mêmes peut-être. À moins que la Loi n'existe pas […]
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