2. Une prose cosmique
Le Procès-verbal place le lecteur devant une écriture du langage total qui exprimerait l'en-deçà des mots, la musique des choses, une forme de mysticisme sans Dieu. Le tourment, la rupture, les blancs et les rayures font éclater le réel que le texte cherche à reconstituer comme un puzzle. Le Clézio tente de retrouver la fraîcheur et l'authenticité cosmiques. L'effraction fait écho au choc entre la répugnance à vivre et la nostalgie de la liberté proche de la nature où veut demeurer Adam Pollo. Le lyrisme discret de l'œuvre prouve ainsi le malaise et de la désespérance liés à l'expérience de la séparation. Du refus d'une écriture qui rejetterait le réel, Le Clézio prend conscience de la peur, au sein d'une civilisation qui détruit les valeurs et que motivent des principes truqués, à l'opposé du sourire de lever du monde qui voudrait dire le merveilleux. Derrière l'entreprise désespérée du Procès-verbal se dresse l'ombre immense des Chants de Maldoror et de Lautréamont, que Breton appelait « le grand serrurier de la vie moderne. »
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