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LE PORCHE DU MYSTÈRE DE LA DEUXIÈME VERTU, livre de Charles Péguy

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2.  Un nationalisme mystique

Au-delà de Péguy poète et écrivain, dont le talent est unanimement reconnu, Le Porche du mystère de la deuxième vertu pose le problème, récurrent dans l'œuvre, de l'engagement nationaliste de l'auteur. Largement récupéré par le régime de Vichy, utilisé comme le chantre du nationalisme, Péguy n'est pas seulement l'idéologue qui hésite entre socialisme et nationalisme, entre Jaurès et Barrès. Son sentiment politique est inséparable de son engagement religieux. Péguy est avant tout un mystique. L'exaltation des vertus théologales prônées par l'Église en tant que corps constitué l'intéresse peu. S'il donne la parole à Dieu pour évoquer, au long de deux cents pages, la « petite Espérance », c'est qu'elle doit être au cœur de chaque fidèle le moteur essentiel de son action dans la vie. Péguy rend à l'Église son sens premier d'ecclesia, c'est-à-dire d'assemblée, de communauté des fidèles. Certes, il privilégie la communauté nationale, établissant un rapport étroit entre la terre, les habitants, l'histoire et la foi. Mais s'il indique clairement que Dieu préfère la « douce France » car il y discerne « sa plus noble création », s'il prône une manière d'espérer en gardant la paix intérieure, selon lui proprement française, Péguy ne perd pas de vue le rapport essentiel qui lie le créateur à sa créature. Dieu devient, au fil de sa plume, un personnage familier, venu en personne expliquer les dogmes de l'Église, dire ce qu'est le christianisme. Il émane de ce monologue divin douceur et quiétude, l'apaisement que peut ressentir un enfant quand son grand-père décortique pour lui, dans un vocabulaire qu'il lui sait accessible, les réalités les plus complexes, ici les thèmes essentiels du christianisme.

Cette présentation d'un Dieu si proche de l'homme est assurément assez lointaine de la vision qu'en a l'Église au début du xxe siècle. Mais Péguy, philosophe de vocation, s'engage totalement dans son œuvre. Convaincu de la supériorité sur les autres religions du christianisme, par l'Incarnation, Péguy développe une mystique de l'espérance elle aussi incarnée, moins lointaine que la grâce, plus humblement et nécessairement humaine. Car l'objet essentiel de toute son œuvre est bien la créature, ses inquiétudes, sa sollicitude, son espoir enfin. Cet aspect fondamental, qui le pousse à défendre Dreyfus, cherchant pour lui justice et vérité, est mis en relief par ces mots de Bernanos : « C'est un homme, qui mort, reste à portée de voix [...] qui répond chaque fois qu'on l'appelle. »

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