Une jolie fillette ne se méfie pas du loup. Il la mange. Paradoxe : ce récit qui finit mal est le seul des Contes de ma mère l'Oye (1697) qui appartienne organiquement au répertoire de l'enfance. C'est qu'il relève de la catégorie des « contes d'avertissement », destinés à prévenir l'enfant des dangers qui le menacent hors de la maison.
Le conte porte le numéro 333 dans la classification internationale Aarne-Thompson, mais son héros animal a entraîné de nombreuses contaminations avec le conte no 25, Le Loup, la Chèvre et le Chevreau (La Fontaine, Fables, IV, 15) qui contient une situation similaire. Autre élaboration très célèbre : La Chèvre de M. Seguin, d'Alphonse Daudet, dans Les Lettres de mon moulin (1866). Les versions orales non influencées par l'imprimé présentent plusieurs motifs qui tombent peu à peu dans l'oubli : ainsi ces chemins des aiguilles et des épingles que le loup propose à l'enfant. Choix absurde qui est en réalité un jeu : dans un cas, on fait mine de piquer l'enfant, dans l'autre, de le pincer.
La version adaptée par les Perrault est relativement fidèle aux techniques de l'art populaire. Elle a gardé, par exemple, la célèbre formulette : « Tire la chevillette, la bobinette cherra », et aussi le dialogue haletant entre le loup et la fillette dans le lit de la mère-grand. Dans le manuscrit de 1695, découvert en 1953, à côté de la dernière réplique du loup, on trouve une notation de nature quasi ethnologique : « On prononce ces mots d'une voix forte pour faire peur à l'enfant comme si le loup l'allait manger. »
La couleur rouge du petit chaperon, qui a donné lieu à tant d'interprétations psychanalytiques, est une « broderie » due aux adaptateurs. On peut leur attribuer aussi quelques notations à la limite de la grivoiserie.
Dans Pierre et le Loup, version soviétique du conte, avec une musique de Sergheï Prokofiev, le héros épargne le loup, l'attache avec la corde pour l'emmener au jardin zoologique. Autre élaboration savante du récit : Les Contes du chat perché de Marcel Aymé (1936) qui présentent un loup amendé et protecteur des petites filles. Popularisé par le colportage, l'imagerie d'Épinal et les albums illustrés, le Petit Chaperon rouge sert aussi d'enseigne à d'innombrables magasins de bonneterie et de vêtements d'enfants.
Marc SORIANO
Retour en haut



