2. Les « objeux »
Qu'y a-t-il de moins commode à ouvrir au jour de la parole qu'une huître ? « C'est un monde opiniâtrement clos » (« L'Huître »). Or il s'agit de rendre ou « refaire » ce monde – « à tous les sens du mots refaire » –, c'est-à-dire produire une réalité de paroles qui « tiendra » face à l'objet considéré. Mais il faut aussi se plier, grâce à une ascèse des moyens, au réel dont il aura été pris le parti. Il faut enfin accepter dans la distance, non exempte d'ironie ou d'humour, l'échec des tentatives. Ainsi « Le galet » se conclut-il par cette phrase supposée provenir de critiques : « Ayant entrepris d'écrire une description de la pierre, il s'empêtra ». « Trouver la formule » correspondant au mieux à la chose exige un lent travail sur la matière même du langage, « épaisseur des choses » et « épaisseur sémantique des mots » devant aller à la rencontre l'une de l'autre. « PARTI PRIS DES CHOSES égale COMPTE TENU DES MOTS » (La Rage de l'expression, 1952). Le dire poétique est une « récréation » productrice d'« objeux » dont Ponge n'aura de cesse de fournir, jusqu'à la fin, de nombreux exemples (Le Savon, 1967 ; La Table, 1982).
Avec Le Parti pris des choses, Ponge donne le ton d'une œuvre que, solitairement, il a su faire jouer avec d'infinies subtilités dans tous les registres, sous tous les régimes. « Aux buissons typographiques constitués par le poème sur une route qui ne mène hors des choses ni à l'esprit, certains fruits sont formés d'une agglomération de sphères qu'une goutte d'encre remplit. » (Le Parti pris des choses, « Les Mûres »).
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