Le Musée éphémère s'achève par un dernier détour dans La Recherche du temps perdu : Bergotte moribond va voir (comme Proust le fit lui-même, au soir de sa vie) la Vue de Delft de Vermeer, qui avait quitté la Mauritshuis de La Haye pour être exposée à Paris, lors de l'exposition des peintre hollandais au musée du Jeu de Paume, en 1921. En contemplant le tableau, il murmure dans une ultime illumination, « C'est ainsi que j'aurais dû écrire », puis « Petit pan de mur jaune », avant de s'affaisser. Dernier livre de l'historien d'art britannique Francis Haskell (1928-2000), dont la mise au point finale, après la mort de l'auteur, fut assurée par Nicholas Penny, Le Musée éphémère a la valeur d'un testament intellectuel et critique. Il s'appuie sur ce que les travaux antérieurs avaient révélé, suggérant en retour, de la manière la plus saisissante, la profonde unité de l'œuvre de Francis Haskell. Et il invite, particulièrement dans les derniers chapitres du livre, à poursuivre l'histoire du phénomène des grandes expositions de maîtres anciens, mais aussi à dénoncer leur abus, les risques que celles-ci font courir aujourd'hui aux œuvres et à l'institu […]
