2. Scènes de conversation : le jeu des ridicules et l'impossible vérité
À ceci près que l'hypocrisie, symptôme des mœurs du siècle, déjà largement traitée par Molière – et avec quels risques, dans Tartuffe (alors interdit) et Dom Juan (disparu de l'affiche et non publié), les deux pièces précédentes –, est, en soi, bien condamnable et que l'idéal de pureté et de vérité soutenu par Alceste est, en soi, parfaitement recevable, comme le soulignera Rousseau dans sa Lettre à d'Alembert, en reprochant à l'auteur de tourner en dérision son personnage. Ainsi, peu à peu, tout se brouille : Alceste n'a-t-il pas raison de rejeter le monde, d'affronter le péché pour convertir la pécheresse, même en vain ; n'est-il pas fondé à dire ce que la raison et la morale indiquent, et à avouer ce que son cœur lui dicte ? Et le prudent Philinte, en jouant ponctuellement le sage, est-il dans le vrai lorsqu'il promeut une morale qui fait la part belle à une légère hypocrisie afin de préserver la paix des salons et des ménages ?
Restent les hommes de qualité, les gens de lettres et de cour, qui viennent converser avec Célimène, et chercher à s'emparer de la riche et belle veuve pour réaliser un intéressant mariage. Face au misanthrope pris de colère parce que légitimement jaloux, les Oronte, les Acaste et les Clitandre, à tous égards, composent. Tout cela permet des numéros de virtuosité où la conversation, art majeur du temps, est doublement représentée : on en rit parce qu'elle est souvent ridicule, on l'apprécie parce qu'elle divertit. Et parce qu'elle est ostensiblement théâtralisée, on la voit à distance, avec tous ses rites, son utilité sociale et ses dangers moraux. Car si Molière semble condamner les mœurs, il prend soin de montrer des personnages qui ne sont pas totalement ridicules : Oronte lui-même, dans la scène du sonnet (I, 2), suscite le rire dans le rapport qu'il entretient avec Alceste – lui aussi ridicule et raisonnable en l'espèce –, et parce qu'il joue à être un grand écrivain, mais n […]
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