2. Écrire après la Shoah
La richesse de l'évocation tient à ce symbolisme topique des lieux clos. Si les allusions à la tragédie historique – le fascisme et la proclamation des lois raciales – sont très pudiques, elles suffisent à voiler de deuil la célébration d'années où l'on pouvait encore goûter au simple bonheur de vivre, d'aimer et d'espérer, sans pourtant oser mordre la vie à pleines dents.
Les moments élégiaques restent sobres et correspondent à l'émotion encore vive et sincère du narrateur assez lucide pour critiquer sa propre vanité d'écolier trop conformiste et pour observer certains défauts de la jeune fille qui n'a pas vraiment répondu à son inclination. Il ne se dissimule pas davantage l'aveuglement de certains Juifs ferrarais qui cherchaient des appuis auprès du fascisme. La seule manière de créer de la poésie après la Shoah a été pour Bassani de faire revivre sans pathos le temps d'avant, avec tout ce que pouvait avoir de noble et de fascinant une famille juive à jamais disparue parmi tant d'autres. Le Jardin des Finzi-Contini a donné lieu en 1972 à une très belle adaptation cinématographique de Vittorio De Sica.
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