5. Le Grand Jeu face au surréalisme
Il existe, en dépit des apparences, un fossé entre le Grand Jeu et le surréalisme. Communauté initiatique, le premier repose sur le refus de tout dualisme et la quête de l'unité perdue. Au surréalisme et à son « vice originel » qui est de se constituer en machine à penser (onirisme, écriture automatique), le Grand Jeu oppose la perception du Verbe, cette parole échappant à toute volonté consciente. Aux manifestations provocatrices des surréalistes, il oppose sa « métaphysique expérimentale » (poussée très loin dans le cas de Daumal, par exemple) qui lui confère un aspect inquiétant, de nature à éloigner le plus grand nombre. À l'aspect ludique du surréalisme, enfin, il oppose la rigueur de son ésotérisme : d'un côté, la lumière, le rêve, l'ailleurs ; de l'autre, l'hermétisme, le retour aux sources, l'intériorisation. Face au surréalisme dont la recherche est définie par un seul homme, le Grand Jeu se veut « une union d'hommes liés à la même recherche ». Autant de facteurs qui ont largement contribué au succès du surréalisme et à la semi-occultation du Grand Jeu. Reste que pour les chercheurs d'absolu, ce mouvement éphémère propose une voie singulière, exigeante, actuelle dans la permanence de son inactualité.
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