3. La rupture avec les surréalistes
Si Breton a, dans un premier temps, accueilli avec bienveillance la naissance du Grand Jeu, il ne tarde pas à être agacé par ces jeunes gens trop soucieux de leur autonomie.
Le 11 mars 1929, les surréalistes organisent une assemblée générale. Plus que « l'examen critique du sort fait récemment à Léon Trotski », thème annoncé, l'objectif principal de cette réunion est avant tout d'envisager une action politique commune entre les surréalistes et plusieurs personnalités plus ou moins proches. Ainsi sont invités à cette réunion les membres du Grand Jeu qui souscrivent collectivement, en y mettant toutefois quelques conditions, à la perspective d'une action révolutionnaire commune avec les surréalistes. Dans les rangs de ces derniers, cependant, certains s'avouent nettement hostiles à l'idée d'une collaboration avec « les petits esthètes du Grand Jeu ». Très vite, Breton accuse le Grand Jeu de ne pas se situer clairement en matière de choix politique. Puis, il dirige sa hargne contre un seul homme, Roger Vailland, coupable d'avoir publié dans Paris-Midi un article élogieux pour le préfet de police Jean Chiappe. Tout en se déclarant choqué par cet article, le Grand Jeu, par la voix de Gilbert-Lecomte, entend ne pas se désolidariser. Breton propose que Vailland publie dans un numéro du Grand Jeu une lettre désavouant l'article incriminé. Mais Vailland, loin de publier un tel texte, adresse une lettre à Breton dans laquelle il met en doute la sincérité de ses accusateurs. La rupture entre le Grand Jeu et les surréalistes est consommée.
Certes, ce « procès » n'a pas atteint l'objectif inavoué de Breton – l'implosion d'un groupe qui avait l'audace de préférer la marge du surréalisme –, mais une fissure est apparue : Vailland s'écartera progressivement de ses anciens phrères simplistes, ouvrant la porte à d'autres dissensions.
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