2. La mort de Dieu et la transmutation de toutes les valeurs
La mort de Dieu traduit la fin d'une époque dans l'histoire européenne dont Platon, pour Nietzsche, fut un des commencements, inaugurant l'ère de la métaphysique. Mort du suprasensible, mort des idées et des idéaux sur lesquels vécut toute une civilisation, commencement du « nihilisme », telle se présente la « mort de Dieu ». Ce bouleversement total ne se limite évidemment pas à la foi en un Dieu particulier. Plus fondamentalement, il marque la fin d'un monde et les difficiles prémices « d'un avenir encore incertain ». Le nihilisme, ici, n'est pas simplement un phénomène de décadence : il est la loi intime qui préside à toute l'histoire. Les valeurs ont leur temps ; vouloir les conserver n'est pas moins nihiliste que constater leur fin ou vouloir les transformer. L'annonce d'un homme nouveau (le « surhomme »), capable de poser de nouvelles valeurs par-delà l'effondrement des anciennes, est inséparable de « la mort de Dieu ». Homme non idolâtre, débarrassé des idéaux (Vérité, Bien, Beau, Juste, Vertu, Être...) qui vampirisaient la conscience. Homme de la « grande santé » (aphorisme 382), dit encore Nietzsche, chanteur et poète, joueur : « Tout scintille pour moi d'un nouvel éclat,/ Midi sommeille sur l'espace et le temps :/ Seul ton œil – monstrueusement/ Me fixe, ô infini ! » dit un poème des Chansons du Prince Hors-la-Loi. La « transvaluation de toutes les valeurs » est guettée par la menace des « anciennes chaînes » toujours promptes à rappeler leurs souvenirs funestes.
L'épisode du « gai savoir » aura été de courte durée. Mais il aura marqué de son empreinte la suite de l'œuvre, plus tendue, plus dure aussi, plus systématique, peut-être, comme en témoignent les dissertations de la Généalogie de la morale. Lire Nietzsche exige que l'on tienne tous les fils, entende tous les tons, sache interpréter selon des perspectives inédites. Une tâche encore à accomplir ?
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