2. Entre roman réaliste et fable symbolique
Le Docteur Jivago a la forme d'un roman réaliste traditionnel, proche de Guerre et Paix (1869) de Tolstoï, par la forme scénique de la narration, l'enracinement social des personnages, le rôle que joue l'Histoire dans le développement de l'action. Cependant, bien que dessinés avec vigueur, les personnages n'ont pas l'épaisseur psychologique de ceux de Tolstoï. La qualité visuelle et plastique de l'écriture de Pasternak repose principalement sur ses images de la nature, dont le foyer est la perception poétique du monde incarnée par le héros. Sous les apparences du roman réaliste se dissimule une fable symbolique, illustrant le débat du poète et du révolutionnaire autour de l'enjeu que constitue la femme : incarnée par Lara, elle représente la Vie dans ce qu'elle a en même temps de plus précieux et de plus vulnérable. Contre le Mal, dont elle est la cible privilégiée, le révolutionnaire, incarné par Pavel Antipov, devenu un redoutable « ange exterminateur » de la révolution, prétend « changer la vie » : il ne parvient qu'à perpétuer la violence. Le poète, lui, sait que la vie ne peut être défendue que par la création : c'est sa mission, qu'il doit remplir jusqu'au sacrifice, semblable à celui du Christ sur la croix. Tel est le sens du poème « Hamlet », qui ouvre le cahier de poèmes formant la dernière partie du roman. Inspirés en grande partie par l'Évangile, ceux-ci explicitent l'inspiration chrétienne de l'ouvrage, centrée sur le thème de la Résurrection et de l'immortalité. À travers eux, Pasternak s'identifie à Iouri Jivago. Si bien que c'est le roman lui-même, dans la mesure où il l'expose aux persécutions, qui apparaît alors comme la réponse du héros au défi du révolutionnaire.
En 1965, le metteur en scène David Lean a donné une célèbre adaptation de ce roman.
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