2. Un poème-sortilège
Cette « œuvre d'imagination pure » séduit par son « inquiétante étrangeté ». À l'écart de toute norme logique, elle brise les chaînes de la causalité, disjoint la continuité du discours et de la narration, et fait régner en maîtres l'arbitraire, l'aléa, le contradictoire et l'inattendu. Comme effrayé par sa propre audace, Coleridge ajouta une glose dans la marge de son poème en 1817 : on y trouve davantage de repères spatio-temporels, un semblant d'intelligibilité, l'énoncé d'une morale chrétienne plus strictement orthodoxe, un univers hiérarchisé d'esprits et d'anges inspirés de la cosmologie néo-platonicienne, et non plus païenne. Doublant le récit premier, la glose rend explicite ce qui n'était jusqu'alors qu'implicite. De par ses images profondes et ses rythmes ensorcelants, le poème agit à la manière d'un sortilège, induisant chez le lecteur un état proche de l'hypnose, en tout cas particulièrement propice à la suspension volontaire du disbelief (« incroyance ») chère à Coleridge.
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