2. Une encyclopédie des récits
À partir de la « IIe Journée » et à l'exception de la « IXe Journée », les nouvelles sont regroupées par thèmes moraux (la Fortune, l'intelligence humaine, la libéralité), schémas narratifs (les mauvais tours), ou exemples de discours (les mots d'esprit) ; les histoires d'amour sont classées selon leur dénouement heureux ou tragique. À l'intérieur de cette structure assez lâche, Boccace s'inspire de la tradition orale et de la chronique contemporaine, de récits latins (Apulée), des romans ou lais en langue d'oïl, des Vidas occitanes, des fabliaux ou même des anecdotes édifiantes. Toutes ces sources, souvent parodiées, peuvent s'entrecroiser dans un même récit. Le critère qui fond l'ensemble est celui de la vraisemblance, associée à une rigoureuse logique narrative, où chaque information trouve sa fonction. Ce qu'on appelle le « réalisme » de Boccace est une savante injection d'éléments référentiels qui fait de chaque trame, même archiconnue, un cas particulier, selon une vision laïque du monde où les forces de la nature et les jeux de la Fortune mettent à l'épreuve l'individu, sans que la Providence daigne se manifester clairement.
Le Décaméron constitue ainsi une encyclopédie des formes de la nouvelle allant du bref apologue au long récit d'aventures, en passant par la comédie familiale ou la farce. Très cicéronienne dans les exordes, l'écriture varie de tempo selon la nature et la rapidité de l'action, et se colore de langue parlée dans les dialogues familiers. Aussi le Décaméron, modèle de langue, fut-il un modèle de situations et de « phrasé » pour la comédie italienne de la Renaissance.
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