Produit durant la période de l'Occupation, sous contrôle allemand, par la firme Continental, second film d'un jeune réalisateur que vient de révéler le divertissement policier L'assassin habite au 21 (1942), Le Corbeau est un pamphlet, dans lequel une campagne de lettres anonymes fait « tomber les masques ». Henri-Georges Clouzot (1907-1977) venait de participer comme scénariste à une adaptation de Simenon réalisée par Henri Decoin, Les Inconnus dans la maison (1942), où triomphait Raimu, qui déjà se voulait une dénonciation de l'hypocrisie sociale chez les « bien-pensants ».
Le scénario s'inspire d'un fait divers réel survenu dans les années 1920, et naturellement ne fait aucune allusion à la situation de la France en 1943, tout en transportant des obsessions du cinéma français de l'époque : recherche d'une nouvelle pureté, hantise de la décadence, obsession du mal. La même année, Claude Autant-Lara satirise l'ordre social de la fin du xixe siècle dans Douce, tandis que d'autres films de la France occupée traitent métaphoriquement de la question du mal en utilisant un cadre fantastique (La Main du diable, de Maurice Tourneur), légendaire (L'Éternel Retour, de Jean Delannoy écrit par Jean Cocteau), ou religieux (Les Anges du péché, de Robert Bresson, écrit par Jean Giraudoux). Clouzot allait, après la Libération, être sanctionné pour Le Corbeau, un temps interdit au motif qu'il avait donné une image négative de la France, favorable aux intérêts de l'occupant. Puis le réalisateur reprendra sa carrière, souvent dans des films de genre (policier, film d'action, comédie), où l'on retrouve le même fond de pessimisme et de fatalisme qui est aussi une des constantes du cinéma français. Parmi ceux-ci, Le Salaire de la peur (1953), le meilleur film d'action du cinéma français, et le malsain Les Diaboliques (1955), d'après un récit du tandem Boileau-Narcejac, où l'on retrouve comme dans Le Corbeau le cadre confiné d'un collège. Ces trois films ont d'ailleurs fait l'objet de remakes américains.
1. Quelque part en Fran […]
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