Le Conte d'hiver, qui compte parmi les quatre dernières pièces de William Shakespeare (1564-1616), appartient au genre hybride des « romances », ou tragi-comédies romanesques, au même titre que La Tempête. Joué en 1611, il est publié pour la première fois en 1623 dans les œuvres complètes (posthumes) de Shakespeare. Son titre évoque les histoires merveilleuses qu'on racontait durant les veillées d'hiver. L'intrigue s'inspire de celle d'un roman de Robert Greene, Pandosto. The Triumph of Time (1588). À son habitude, le dramaturge modifie considérablement ses sources, et fait d'une histoire de jalousie une tragédie complexe qui offre une réflexion subtile sur les rapports entre l'art et la nature, et en particulier sur l'essence de l'illusion théâtrale.
1. Retrouver ce qui est perdu
La pièce s'organise comme un diptyque, avec en son cœur une ellipse temporelle de seize années (annoncée par le prologue allégorique du Temps, au début de l'acte IV) qui sépare l'histoire tragique de la jalousie de Léonte, roi de Sicile, placée sous le signe de l'hiver et de la mort, et une intrigue de comédie centrée, elle, sur les amours contrariées de Perdita et de Florizel dans un monde de pastorale. C'est ce détour par le monde vert qui va permettre finalement la rédemption de Léonte et la régénération du royaume prédites par l'oracle qu'il a défié si scandaleusement : « le roi vivra sans héritier, si ce qui est perdu n'est pas retrouvé » (acte III, scène 2).
Cette première section est en effet une froide tragédie passionnelle, qui se déroule au royaume de Sicile : Léonte est atteint d'un délire de jalousie aussi subit que violent ; soupçonnant sa femme Hermione d'avoir entretenu une liaison adultère avec son ami d'enfance Polixène, roi de Bohême, il la fait jeter en prison et charge Camillo d'assassiner son « rival », ce qui provoque la fuite des deux hommes. Antigone, serviteur de Léonte, est chargé d'assassiner la petite fille dont Hermione a accouché. Après avoir désobéi au roi en aband […]
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