2. Une analyse positive et normative du politique
Le premier apport du Calculus est bien entendu l'extension revendiquée de l'analyse économique au domaine du politique. Il a d'abord marqué les développements positifs (relatifs à l'explication économique de l'organisation constitutionnelle) du choix public (public choice) en fournissant un certain nombre de résultats dignes d'intérêt : il est rationnel d'avoir une Constitution ; les règles de majorité ou le bicaméralisme sont économiquement justifiés. Certes, le Calculus ne s'intéresse qu'à la démocratie directe, à l'heure où dominent les régimes représentatifs. Mais il est possible de résoudre cette difficulté au sein même du cadre théorique proposé, en introduisant un agent économique autre que l'électeur (le représentant, un politicien-entrepreneur) et en théorisant son comportement, qui peut être une source possible d'inefficacité (manipulation de l'information, par exemple).
Par ailleurs, le versant normatif de l'analyse s'appuie sur une certaine représentation de l'individu et du politique. D'une part, le critère de rationalité de l'individu retenu (réduction au minimum des coûts attendus) par Buchanan et Tullock est discutable. Si l'on compare la situation du choix constitutionnel à « la position originelle sous voile d'ignorance » de la théorie de la justice de John Rawls, il est clair que, dans les deux cas, l'individu est supposé agir rationnellement face à l'incertain. Il choisit pourtant des règles de vie en société radicalement différentes. D'autre part, l'intérêt exclusif porté à la rationalité individuelle empêche d'évaluer les procédures de choix en termes de rationalité collective, comme le font remarquer les théoriciens du choix social parmi lesquels Amartya Sen. Enfin, Buchanan et Tullock remarquent eux-mêmes que le rôle fondateur accordé à l'unanimité témoigne d'une représentation particulière de la société : une société relativement homogène et qui n'est pas traversée par des conflits irréductibles d'intérêts et de pouvoir.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



