2. Filiations
La postérité du Banquet doit beaucoup à sa traduction latine par le Florentin Marsile Ficin (1433-1499) et surtout au Commentarium in Convivium Platonis de amore qui l'accompagnait, publié en 1484. Le Commentaire fixe les grands thèmes d'une « théologie platonicienne » accordée au christianisme : l'exil des hommes loin du Principe, le beau comme splendeur du bien, la fureur amoureuse comme transport de l'âme, son rapport avec l'enthousiasme ou fureur poétique, l'opposition de cet « amour divin » à toute forme vulgaire – assimilée à une pathologie – d'attrait pour l'autre... L'ouvrage a rencontré un considérable succès à la Renaissance.
Dans Le Pur Amour de Platon à Lacan, l'historien du catholicisme Jacques Le Brun a montré l'importance en Occident du Banquet comme référence permettant de penser le lien profond qui existe entre « éros » et « être-pour-la-mort » ; l'exégèse du texte platonicien par Jacques Lacan (1901-1981), dans son séminaire L'Éthique de la psychanalyse (1959-1960), marquerait ainsi l'aboutissement d'une histoire de plus de deux millénaires. Dès le début du dialogue est formulé un argument de grande portée : « mourir pour autrui, c'est à quoi consentent, seuls, ceux qui aiment » (179b) ; invoquée par Phèdre, la mort d'Alceste chez Euripide, comme ensuite celle de Didon dans l'Énéide, figure l'amour pur. Vers 1700, l'exemple sera repris en particulier par Fénelon (1651-1715), qui voit dans le « témoignage des païens » la preuve d'un total désintéressement : les Anciens acceptaient de quitter la vie sans espoir de Paradis ; un amour purifié pour Dieu doit pouvoir aller jusqu'au mépris de son propre salut – d'où l'expérience de l'abandon, des « ténèbres » et de la déréliction, si commune aux spirituels des Temps Modernes ; expérience d'un « au-delà du principe du plaisir » que Freud interrogera sous d'autres formes.
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